A propos
A propos de la Société d’Encouragement pour l’Industrie Nationale
A la fin du siècle dernier, Max Weber a mis en évidence le rôle décisif de la culture des acteurs dans la dynamique industrielle et le développement des économies.
Aujourd’hui, certains parlent enfin de culture d’entreprise, d’autres de l’exception culturelle nationale tout en réclamant des quotas de protection. Si l’on évoque, à propos de la lutte pour la possession des parts de marchés, les règlementations et les formalités inutilement entravantes, la fiscalité et les charges sociales pénalisantes, les économies d’échelles et les gains de productivité, il semble que l’imprégnation culturelle qui modèle le profil des acteurs ne soit pas prise en compte, du moins en France.
La globalisation économique impose à tous de subir les mêmes lois du marché avec des atouts matériels différents,dus à ce qui précède. Ce qui peut faire la différence et compenser les écarts, réside dans la personnalité culturelle de ces acteurs. Un article paru dans Industrie Nationale du premier semestre 1994 a précisément attiré l’attention sur les privilèges dont bénéficie en France la formation abstraite, conceptuelle et éducative, au détriment de la formation concrète, expérimentale et inductive.
Sur la même ligne, de nombreuses vois se sont élevées récemment pour relayer le discours oublié de Claude Bernard et annoncer “la mort de Platon”, pour dire qu’il fallait mettre “la main à la pâte”, que l’enseignement dual allemand faisait merveille, que la formation alternée devait être développée et que toutes les formations deviennent professionnalisantes… Simultanément, les Écoles d’ingénieurs diminuent à l’étiage symbolique l’apprentissage du savoir faire en atelier ou laboratoire. Les Instituts Universitaires de Technologie, mis en cause pour des raisons d’alignement budgétaire sur les filières enseignées en amphithéâtre, devront réduire leurs heures de formation en laboratoires et ateliers. Les autre filières universitaires incapables d’imagination ne savent offrir aux bacheliers professionnels et techniques lors des années d’accueil que des généralités abstraites suivant une didactique déductive et conceptuelle qui exige des présupposés auxquels leur parcours ne les a pas préparés. En réalité, faute d’une approche scientifique des méthodes d’enseignement adaptées au profil culturel de ces “usagers”, seul l’échec et un handicap pour la vie leur sont offerts de façon programmée. Ne disait-on pas, il y a peu, qu’il valait mieux une tête bien faite qu’une tête bien pleine? Or, les notions de profil, de méthode, d’utilité, de concret, de savoir-faire pratique sont ignorées, en France, par les programmeurs des filières au bénéfice de la mémorisation des contenus de la discipline et de la virtuosité du discours. La France a besoin de cohérence entre le discours ou le dernier slogan à la mode et les actes qui suivent. Elle a besoin, dans tous les domaines, d’une vision prospective réaliste et d’une capacité stratégique de mise en oeuvre concrète.
C’est en chantier en friche sur lequel nous devons travailler.
Bernard Mousson
Président