MONTGOLFIER 2007 Olivier FLAMAND
Jeudi 14 juin 2007MONTGOLFIER 2007
Comité Construction et Beaux Arts
Olivier FLAMAND
Entré à l’école des Arts et Métiers d’Angers en 1985, Olivier FLAMAND, est depuis 15 ans ingénieur au CSTB (Centre Scientifique et Technique du Bâtiment). Il est actuellement Chef de Projet dans le service Aérodynamique et Environnement Climatique.
Le vent, c’est un phénomène naturel, parmi les plus complexes, aléatoire dans l’espace et dans le temps, et donc générateur d’effets aérodynamiques complexes dont l’analyse exige l’application de théories mathématiques et physiques de haut niveau dans les domaines de la statistique et de la mécanique vibratoire.
Son activité le conduit à étudier comment il agit sur des groupes de bâtiments construits ou à construire, des tours de grande hauteur, Ariane, les TGV, les stades, les voitures, les ponts, etc.
En effet, si le Pont de Normandie ne se met pas à trembler de tous ses haubans lorsque la tempête souffle dans l’estuaire de la Seine, c’est parce que les études en soufflerie ont permis d’imaginer cette « aspérité » de section 2×2 mm qui, enroulée en hélice autour du hauban empêche le vent conjugué à la pluie, de le faire entrer en résonance. Cette résonance aurait pour conséquence d’interdire le pont à la circulation, voire de le détruire. Chacun se souvient de la diffusion des images de la destruction du Pont de Takoma aux USA. Ainsi chacun sait, que le vent peut détruire un pont, beaucoup plus facilement que le trafic, si lourd soit‑il.
Les ingénieurs ont retenus la leçon. Ainsi, lorsque nos politiques brandissent le drapeau du Pont de Millau, ils ne se doutent pas que pendant 10 ans, vous avez d’abord relevé et analysé le vent dans la vallée du Tarn, entre 0 et 500m de hauteur, puis que vous l’avez recréé en soufflerie et appliqué à des maquettes.
Vous avez ainsi défini la meilleure structure compatible avec le site, le meilleur profil du tablier, les brises vent qui empêchent les voitures d’être ballottées comme fétu de paille lorsque le vent souffle.
Vous avez aussi défini la vitesse maximale du vent autorisant le lancement du tablier, empêchant ainsi que cette lame mince et très flexible de 180 m de long ne se torde et se détruise avant d’atteindre la pile suivante.
Enfin, comme votre équipe était celle qui connaissait le mieux les propriétés aéroélasticités et aérodynamiques de l’ouvrage, on vous a demandé dans le cadre des essais de réception, de mettre en place le moyen d’excitation vibratoire permettant de vérifier si la réponse élastique réelle du tablier était bien conforme à la prévision des calculs. Pour se faire vous avez imaginé de couper brutalement un câble tendu à 100 t (excusez du peu !) entre le sol et le tablier pour mesurer son mode propre de vibration.
Moins spectaculaire que l’essai de chargement statique par plusieurs files de camions, simple formalité pour les spécialistes des ponts-routes, vous avez permis de vérifier que l’ouvrage est bien capable de résister aux sollicitations les plus sévères que sont les effets du vent et du sélsme.
Voilà des réussites discrètes et qui pour autant nous coupent le souffle… pour peu qu’on nous les fasse connaître !
Mais ce n’est pas tout. Votre profil de Gadz’art ne serait pas complet si, éprouvant le besoin d’une année sabbatique, vous ne vous étiez pas impliqué dans une association visant à ré-humaniser la vie des citadins et à protéger notre planète en militant pour l’introduction du vélo en ville.
C’est à Nantes, que « Place au Vélo », I’Association que vous avez créée et qui emploie trois salariés, agit pour que la ville accepte le vélo dans ses programmes d’aménagement.
Enfin, votre activité professionnelle vous donne l’occasion d’encadrer stagiaires et thésards et de leur communiquer votre passion pour un métier difficile mais riche de nombreux contacts dans tous les domaines de l’activité humaine.
Ce sont de tels exemples qui permettent de remettre au premier plan le métier d’ingénieur, trop souvent éclipsé par les fulgurances des métiers du management financier.
Mesdames, Messieurs, chers collègues, vous avez donc devant vous l’archétype du gadz’art du 21ème siècle, celui que la formation de l’école façonne depuis plus de deux siècles, en harmonie avec l’évolution du monde, esprit d’abord pragmatique, suffisamment cultivé pour s’aider de la connaissance scientifique la plus actuelle et toujours pénétré des valeurs humaines qui font de lui un véritable citoyen du monde. Ce sont ces qualités, développées dans le cadre de votre activité quotidienne, que notre Comité Construction et Beaux Arts a reconnues et, il a voulu vous récompenser en vous faisant attribuer par la Société d’Encouragement pour l’Industrie Nationale un Montgolfier 2007.