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La création

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La Société d’Encouragement a repris l’héritage de l’Encyclopédie et des sociétés d’émulation apparues en nombre au temps des Lumières.

La première Société d’Encouragement pour les manufactures créée en 1731 à Dublin : la  « Dublin Society for Improving Husbandry, Manufacturers and other Usefull Arts », a rapidement démontré son efficacité dans ce pays en ruine et en proie à la famine. Elle est toujours opérationnelle et contribue encore au renouveau économique irlandais.

De même, créée en 1847 à Londres, la « Royal Society for the encouragement of Arts, Manufactures and Commerce » a été considérée comme étant un des facteurs clés du succès économique de la Grande-Bretagne. La RSA est aujourd’hui toujours très active.

Simultanément avec les sociétés créées à Florence et à Erfurt, le parlement de Bretagne, à l’investigation des négociants maritimes nantais et malouins, a créée en 1756 la Société d’Agriculture, des Arts et du Commerce des Etats de Bretagne. Elle fut suivie par celle de Berne en 1759, par une société au Pays Basque en 1764 et une autre en Carinthie en 1765. Près d’une centaine de Sociétés d’Encouragement seront rapidement dénombrées en Europe et dans les deux Amériques.

Le mouvement fut bloqué en France. La Société bretonne se heurta rapidement à l’hostilité violente du pouvoir central, plusieurs de ses membres furent arrêtés ou exilés. Elle cessa d’exister en 1770.

Après la décennie révolutionnaire, faisant suite à plusieurs siècles de malthusianisme corporatiste, à l’exode massif des artisans et manufacturiers protestants après l’édit de Fontainebleau, à la stérilisation imposée aux procédés innovants, dénoncée par les Encyclopédistes. L’agriculture française était en friche, l’industrie étiolée et vieillotte, les voiries délabrées mais les français étaient prêts à répondre aux appels d’une Société d’Encouragement pour entreprendre et investir.

Il faut ajouter l’absence d’une législation de protection des inventions et une décennie de vacances pour cause de révolution.

L’agronome de Lasteyrie, qui revenait, en l’an IX de la République, d’un voyage en Europe, où il avait recensé les procédés qui lui paraissaient bon d’introduire en France, se rendit chez le financier Benjamin Delessert «…plusieurs personnes éminentes dans les sciences, l’industrie et l’administration se trouvaient dans les salons de la rue Coq-Héron… ».

De Lasteyrie parla des innovations et initiatives intéressantes qu’il avait remarquées lors de son voyage et surtout d’une Société fondée à Londres en 1754, au Rautwell Coffee House, à l’initiative de William Shipley sous le titre « Société pour l’Encouragement des Arts, des Manufactures et du Commerce ». Il fit ressortir tous les services qu’elle avait, grâce une souscription, rendus à l’industrie anglaise (financements, récompenses, publicité…).

Comme il était nécessaire de rattraper tous les retards, de perfectionner d’urgence l’industrie, d’augmenter sa productivité et l’activer pour espérer un jour entrer en concurrence sur les marchés étrangers avec l’Angleterre et même avec les États Allemands, dopés par les réfugiés protestants français, ayant émigrés après la révocation de l’Édit de Nantes. Ayant exploré le sujet, on reconnut la nécessité de fonder une société d’encouragement à l’instar de celle de Londres et les premières bases de cette création furent immédiatement posées.

On fit circuler une liste d’adhésions et le 12 Vendémiaire an X (4 octobre 1801) une réunion préparatoire eut lieu, quatorze présents signèrent le procès-verbal, Lebrun et Chaptal avaient déjà fait connaître leur soutien. Moins d’un mois après, le 9 Brumaire an X, (31 Octobre 1801), la société tenait, avec un bureau provisoire présidé par Rouillé de l’Etang, sa séance d’ouverture à l’Hôtel de Ville de Paris en présence de 92 personnalités, dont les trois Consuls, 270 souscripteurs s’étant déjà engagés.

En quelques semaines, la liste des souscripteurs s’était couverte de noms considérables. Bonaparte, premier consul, s’inscrivait pour 100 souscriptions : Cambacérès et Lebrun, deuxième et troisième Consuls, pour 12 et 30 souscriptions, Chaptal, ministre de l’Intérieur qui deviendra son premier Président, pour 50 souscriptions. Une centaine d’autres s’inscrivirent pour plusieurs souscriptions. Moins d’une année après, le nombre des souscripteurs dépassait les 900.

C’est ainsi que fut créée la première association en France, bien avant la loi 1901.

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En savoir plus :    Un contexte difficile

 

Les temps forts

 1801 – 1845

  • Stimulation de l’invention, des transferts de technologies, de l’amélioration des procédés de métier, de la productivité, des économies d’énergie, de l’insertion des aveugles, des sourds-muets, des asociaux.
  • Financement de centaines d’inventeurs et de chercheurs comme Jacquard, Guimet,Appert . Lancement ou le développement d’entreprises comme Baccarat, Christofle, Gilbert, …
  • Transferts de technologie vers la France d’industries étrangères performantes,Soutien aux expositions universelles,
  • Création et l’entretien du premier laboratoire d’essai français, de la première bibliothèque technique universelle,
  • Soutien aux écoles d’Arts et Métiers et à la fondation de l ‘Ecole Centrale des Arts et Manufacture.

1846 – 1885

  • Nombreuses initiatives pour corriger les effets collatéraux négatifs de l’industrialisation : protection des enfants travaillant dans les manufactures, insertion des mutilés de guerre et du travail, création de fonds de chômage, prise en compte de l’hygiène et de la sécurité du travail, dénonciation des pollutions sur l’environnement.
  • Soutien aux créations des Société industrielles régionales et des nouvelles  Sociétés savantes nationales.
  • Financement de centaines d’inventeurs et de chercheurs comme Niepce, Louis Pasteur, Peugeot.
  • Soutien à la fondation de l’Ecole Libre des Sciences Politiques.

1886 – 1954

  • Incitation à la recherche industrielle (économies d’énergie, lutte contre la pollution), à la normalisation, au taylorisme, à l’esthétique industrielle.
  • Préentation pour la première fois, par les frères Lumière, du cinémaographe (22 mars 1895)
  • Financement de centaines d’inventeurs et de chercheurs comme Louis Pasteur, Eiffel, les Curie, Georges Claude
  • Exhortation à la qualité des produits « grand public ».
  • Incitation à la formation continue par la multiplication, dès 1930, des conférences sur les avancées scientifiques et technologiques.
  • Soutien aux métiers d’art et à la promotion ouvrière.

1955 – 1993

  • Encouragement aux enseignants-chercheurs, aux institutions et laboratoires de recherches et aux bureaux d’études techniques, soutien à la formation de journalistes et d’acteurs des services sociaux.

1994 – 2014

  • Réhabilitation de l’image du chef d’entreprise, par l’attribution des « Chaptal de l’industrie ».
  • Soutien aux talents émergents par l’attribution des « Montgolfier ».
  • Soutien logistique à la création d’entreprises dans les domaines émergents (intelligence économique, industrie multimédia, industrie du savoir…) et aux formations stratégiques.
  • Appui aux IUT et aux lycées professionnels.
  • Petits déjeuners de l’innovation et conférences organisés par les comités
  • Soutien à la création de Sociétés d’Encouragement à l’étranger (Algérie,…).
  • Accueil d’industriels de la CEI, de Chine et d’Afrique.

 

Les présidents de la Société d’Encouragement pour l’Industrie Nationale

Lors de sa création, la Société d’Encouragement a rassemblé  un aréopage de hauts administrateurs et personnalités politiques, savants et professeurs, banquiers et négociants, industriels et grands manufacturiers. Elle est ensuite restée durablement marquée par l’aspect élitaire de ses origines, qui correspondait au vœu du Premier Consul de réconcilier les élites d’avant et d’après 1789. Elle a eu pour présidents successifs trois chimistes de premier plan, J.-A. Chaptal (ministre de l’Intérieur sous le Consulat), L.-J. Thenard (grand notable sous la Monarchie de Juillet) et J.-B. Dumas (ministre du Commerce sous la IIe République).

La liste des Présidents

  1. Jean-Antoine Chaptal (1801-1832), chimiste, industriel
  2. Louis Jacques Thénard (1832-1845), chimiste
  3. Jean-Baptiste Dumas (1845-64), chimiste
  4. Alexandre Edmond Becquerel (1864-1888), physicien, météorologue
  5. Julien Haton de La Goupillière (1888-1891), mines
  6. Louis-Eugéne Tisserand (1891-1894), agronome
  7. Éleuthère Mascart  (1894-1897), physicien, météorologue
  8. Adolphe Carnot  (1897-1900), mines, chimiste
  9. Oscar Linder (1900-1993), mines
  10. Henry Le Chatelier, (1903-1905), mines
  11. Edmond Huet (1906-1907), ponts et chaussées
  12. Édouard Gruner (1907-1909), ingénieur
  13. Émile Bertin (1907-1912), génie maritime
  14. Léon Lindet  (1943-1920), agronome
  15. Louis Baclé (1920-1923), ingénieur
  16. Augustin Mesnager (1923-1926), ponts et chaussées
  17. Édouard Sauvage (1926-1929), mines
  18. Louis Mangin (1930-1932), botaniste
  19. Amédée Alby (1932-1935), ponts et chaussées
  20. Maurice Lacoin (1935-1938), chemins de fer
  21. Marcel Magne (1938-1944), architecte
  22. Robert Lelong (1944-1945), génie maritime
  23. Louis Pineau (1945-1950), service des carburants
  24. Albert Caquot (1951-1954), ponts et chaussées
  25. Georges Darrieus (1954-1957), ingénieur électromécanicien
  26. Georges Chaudron (1957-1961), chimiste
  27. Jean Lecomte (1961-1968), physicien
  28. Jacques Tréfouël (1968-1973), chimiste
  29. Henri Normant (1973-1978), chimiste
  30. Jean Buré (1978-1986), agronome
  31. Jean Robieux (1986-1991), physicien
  32. Paul Lacombe (1991-1994), chimiste
  33. Bernard Mousson(1994-2011), économiste
  34. Olivier Mousson  depuis 2011, HEC, économiste

 

 

Pour en savoir plus

– G.Emptoz , « Les douze premiers présidents de la Société d’encouragement, un siècle d’histoire », Bulletin de la Société historique du VIème arrondissement, nouvelle série n° 24, Année 2011, p. 151-161

Dans le même numéro du bulletin de la Société historique du VIème arrdt, Gérard Emptoz fait le portrait des douze premiers présidents, montrant ainsi, sur la longue durée, le passage progressif des savants chimistes – aux ingénieurs des grands corps et à des spécialités beaucoup plus différenciées, métallurgie, physique, agronomie, constructions navales.