Une société bicentenaire

Soumis par s.saudrais le sam 06/03/2021 - 05:11
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 La Société d’encouragement pour l’industrie nationale a été fondée à l’automne 1801, sous le patronage de Bonaparte, par un groupe de savants, parmi lesquels Berthollet et Vauquelin, de hauts fonctionnaires comme Joseph-Marie de Gérando ou Louis Costaz, d’experts techniques comme Etienne de Montgolfier, d’hommes d’affaires tels que Benjamin Delessert, Perregaux ou Antoine-Scipion Perier, « d’esprits éclairés » comme Charles Philibert de Lasteyrie, sous la présidence du chimiste et industriel Chaptal, alors ministre de l’Intérieur sous le Consulat.

La mission de cette nouvelle société savante était de « seconder l’industrie dans son développement […] par des encouragements sagement conçus et appliqués » ; pour encourager la créativité afin de stimuler l’activité productive, dirions-nous aujourd’hui.


Au cours de sa longue existence, elle n‘aura cessé de se mettre au service de l’innovation.


Pour mener à bien sa mission, elle a défini deux objectifs : lancer des prix pour pouvoir inciter et soutenir l’innovation, et informer, et former, pour faire circuler les savoirs.  

Dès sa création la société a établi des comités spécialisés, initialement au nombre de cinq : arts Mécaniques, arts Chimiques, arts Économiques (produits et équipements pour les équipement individuels et collectifs, Agriculture, Commerce ; en complément ont été créés le Comité de Construction et Beaux-arts en 1876, le Comité des arts Physiques en 1947 et le Comité de la Communication et Formation en 1996.

Association indépendante, la société a été très proche des instances étatiques, d’abord par l’importance et le rôle de ses dirigeants, ensuite par cette notoriété qui lui conférait un rôle d’organe para-officiel d’expertise sur les questions techniques ; la preuve la plus marquante de ce lien est la reconnaissance d’utilité publique en 1824 de la société, qui devint alors la première association civile à bénéficier de ce statut.

L’alliance entre les savants et les « artistes », au sens de créateurs et producteurs, a été la ligne directrice de l’action de la société. Elle s’est efforcée de faciliter l’application industrielle des grandes avancées scientifiques dans les domaines qui relevaient de ses Comités.

Elle a aussi des activités transversales qui présentait un intérêt économique. La photographie, par exemple, a fait appel à la chimie pour les plaques, et à l’optique et la mécanique pour les appareils.


Inventeurs et industriels récompensés : des célébrités dans de nombreux domaines

Depuis sa création, la Société n’a cessé de lancer des concours et de récompenser les inventeurs et les industriels qui ont innové.

Ainsi, dans le domaine de la chimie, la mise en œuvre des procédés de Leblanc sur la soude artificielle, celle des travaux de Chevreul sur les corps gras, ou celle des recherches françaises et étrangères sur le sucre de betterave ont été récompensées ; elle soutiendra les efforts de Guimet pour l’outremer, comme ceux de Charles Tellier pour l’industrie du froid ; dans la photographie, elle soutiendra l’industrialisation des plaques sensibles des frères Lumière. Plus tard, elle s’intéressera aux processus de fabrication des carburants de synthèse dans les années 1930.

Dans le domaine de la métallurgie, le soutien accordé, sous le Second Empire, aux travaux de Sainte-Claire Deville sera la clé du lancement d’une industrie de l’aluminium récompensée avec Paul Héroult.
Elle a aussi soutenu la recherche sur les aciers spéciaux notamment avec le financement des recherches de la jeune Maria Sk?odowska, la future Marie Curie, avant que celle-ci ne travaille sur la radio activité avec Pierre Curie et soit récompensée par deux prix Nobel en Physique et en Chimie.

En mécanique, les innovations encouragées ont été nombreuses notamment sur les machines motrices.

L’agriculture, aussi a reçu beaucoup de soutien pour les techniques permettant de développer, de diversifier et de valoriser la production agricole. La Société s’attachera aux questions de conservation, en reconnaissant l’intérêt des procédés d’Appert, et au développement des industries agro-alimentaires (féculerie, semoulerie, ou levures).
La promotion du secteur de la sucrerie a été très soutenue depuis Delessert.

Mais elle ne négligera pas d’autres domaines comme la biochimie, où elle mobilisera des savants comme Duclaux aux côtés des agronomes dans son grand programme de recherches sur les maladies de la vigne des années 1860- 1880, ou de Louis Pasteur sur le procédé de pasteurisation.
Dans la seconde moitié du XIXe siècle, elle s’est attachée au développement des réseaux collectifs, le gaz et l’éclairage public, la traction électrique dans les réseaux de transport à la fin du XIXe siècle, et enfin, dans l’entre-deux-guerres, les débuts parisiens du chauffage urbain, sans parler du réseau d’horloges actionnées par l’air comprimé.

Dans un pays peu pourvu en charbon, l’économie d’énergie a été une grande préoccupation, Elle a notamment lancé le concours sur les turbines hydrauliques, qui récompensera les travaux de Fourneyron, dans la première moitié du XIXe siècle.

Dans les processus productifs surtout dans la seconde moitié du XIXe siècle, elle a récompensé des ingénieurs comme Mallet, Giffard, ou Serpollet. Elle s’intéressera aussi aux techniques de production et aux emplois des énergies secondaires, dont les réseaux se développaient ; le gaz, qui l’amènera à s’intéresser à l’aspect novateur des moteurs de Lenoir, l’électricité, qui la fera s’intéresser aux dynamos et à l’équipement des usines en moteurs et en transmissions électriques, l’air comprimé, dont elle fera un grand usage dans son hôtel, entièrement électrifié en 1891.

Elle a aussi porté un regard sur les questions d’utilité sociale (écoles, hôpitaux, hospices durant tout le XIXe), sur les questions de la sécurité (lutte contre l’incendie ou les techniques de chauffage collectif) ou la salubrité des villes (l’assainissement, les adductions d’eau).
Elle encourage au nom de l’hygiénisme l’introduction de techniques moins nocives dans les activités industrielles.

 

La promotion des arts industriels

Un dernier aspect remarquable est l’intérêt de la Société pour les arts industriels. Dès les années 1810, grâce à la présence en son sein d’artistes, elle estima très vite que l’association d’une recherche esthétique et d’un processus de fabrication industriel pouvait être un des enjeux de l’innovation. Cette promotion de « l’art industriel » allait se manifester pour de nombreux objets. Aux yeux de la société, elle devait être aussi le moyen de diffuser dans le monde entier des produits basés sur la créativité et le goût français.

Quelques domaines remarquables et quelques-uns des personnages récompensés peuvent être cités :
-La céramique, Alexandre Brongniart et la manufacture de céramique de Sèvres (dès 1804).
-La lithographie, Godefroy Engelmann et la reproduction des images (dès1815).
-La photographie, Nicéphore Niepce et ses successeurs (dès1839).
-La facture musicale, les pianos Pleyel (années 1830), les orgues de Cavaillé–Coll (1839).
-L’enregistrement du son et l’invention de Scott de Martinville pour l’acoustique (en 1857) dont les archives ont été classées en 2016 par L’Unesco au Registre de la Mémoire du Monde.
-La fonderie d’art, illustrée avec la statue d’Orphée offerte par le sculpteur Guillaume et installée au sommet de l’immeuble en 1889.
-Le cinéma et la première projection de Louis Lumière (1895).
-Le béton sculpté et le sculpteur Sarrabezoles (1933).

A côté de ces spécialités, on pourrait aussi mentionner la verrerie, la glacerie, le vitrail, l'orfèvrerie avec la galvanoplastie de Christofle, ou la peinture à l'huile qui figurent dans le palmarès des récompenses que la Société a attribuées à des innovations au cours de son histoire.

Enfin, il faut souligner la très ancienne relation de la Société avec le Conservatoire des arts et métiers, depuis ses débuts avec Conté, Montgolfier et Molard. En matière d’invention, les expertises faites par le Conservatoire étaient très fréquentes. Les maquettes et modèles réduits déposés à la Société ont été, faute de place été à partir de 1834, remis au Conservatoire pour entrer dans ses collections.
La Société a été aussi très proches de certaines grandes écoles comme Polytechnique et Centrale.  

 

La Société reste toujours au service de l’innovation

De nos jours, la Société poursuit ses efforts en faveur de l’innovation. Depuis 1996, elle attribue chaque année à des entrepreneurs et des acteurs du monde économique, industriel et commercial les prix Chaptal pour récompenser leurs réussites et les prix Montgolfier pour encourager les innovations réalisées de jeunes entrepreneurs.
Elle organise aussi des rencontres et des colloques pour mettre en valeur les pratiques émergentes et les technologies prometteuses
Elle accueille régulièrement dans son Hôtel nombre de colloques, des réunions ou des manifestations et expositions.
  Enfin elle établit des partenariats avec des associations et des entreprises pour renforcer sa présence dans les cercles actifs de l’économie du pays, dans la tradition que Chaptal a voulu initier il y a deux cents ans.

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